Magistrate  

Extrait du Chapitre 4 - Le Campus Martius

Le Panthéon inexpliqué

On a consacré des fleuves d’encre et des forêts de papier au Panthéon, la plus étrange de toutes les bâtisses survivant depuis l’antiquité. Le dôme, grand, léger et stable, ne correspond pas au porche. L’inscription proclame qu’il a été construit par Agrippa mais les briques datent de plus d’un siècle après la mort de celui-ci. Il y a des colonnes de hauteurs différentes, des escaliers enterrés, des espaces aveugles à l’intérieur des parois, deux pavements en dessous et deux frontons devant. La rotonde avec son oculus avait-elle été construite par Agrippa, et restaurée ensuite par l’empereur Hadrien? Ou est-ce que Hadrien a construit le tout? Ou Trajan? La combinaison célèbre de l’hémisphère de la rotonda avec le porche rectangulaire était-elle un accident dû à la restauration et la réutilisation d’un bâtiment endommagé?
  Le débat est sans fin, car le Panthéon n’a pas livré tous ses secrets, en partie parce qu’il a survécu intact grâce à sa conversion, très tôt, en église, Santa Maria ad Martyres. Et parce que c’est un monument antique de grande importance, accueillant six millions de visiteurs chaque année. On ne peut pas le démonter pour l’étudier, et même si on pouvait, le béton et la brique ne peuvent pas tout seuls livrer son histoire.
  Les archéologues ne sont pas d’accord, et chacun a son opinion. Une visite au Panthéon pour contempler ses merveilles et ses bizarreries est le meilleur moyen pour vous former une opinion par vous-même.

Traversez d’abord la Piazza della Rotonda en diagonale, dépassant la fontaine, jusqu’à l’angle de la piazza et la Via dei Pastini, où se trouve un petit bar (2014). D’ici on peut voir le «bâtiment de transition» et le fronton double.

Ci-dessous: Le fronton supérieur sur le bâtiment de transition du Panthéon, depuis la Via dei Pastini.
12_camp_doublepediment

Quelle était la raison pour ce second fronton, plus haut? L’explication habituelle est que les constructeurs n’avaient plus de colonnes de granit de 50 pieds romains, et disposant uniquement de colonnes de 40 pieds, devaient construire le portique plus bas. Pourtant, il n’y a aucune preuve pour cette théorie, qui n’est pas acceptée par tous les archéologues.

Un détail intéressant à propos du fronton inférieur fut une découverte faite dans les années trente dans le dallage en travertin devant le Mausolée d’Auguste. On trouva des lignes dessinées dans les dalles montrant que les pierres pour le fronton avaient été coupées et mises en place là, à plat par terre, avant d’être transportées et montées sur place. Le niveau du sol des lignes incisées est supérieur au niveau du sol de la tombe, ce qui nous dit que ce travail s’est fait à une époque bien après la mort d’Agrippa et d’Auguste, peut-être un siècle plus tard: l’époque d’Hadrien.

Également bizarre: on trouve un écart de 2 à 5 cm entre le bâtiment de transition et la rotonde, ce qui fait dire à certains que le porche a été construit à une date ultérieure.

Enfin, l’inscription du fronton:

M · AGRIPPA · L · F · COS · TERTIUM · FECIT

proclame que Marcus Agrippa, fils de Lucius, l’a construit quand il était consul pour la troisième fois, c’est-à-dire en 27 av. J.-C. Jusqu’en 1890, avant la découverte de briques dans la rotonde portant des marques de ~100-130 ap. J.-C., on se basait sur la seule inscription pour dater le Panthéon et l’attribuer à Marcus Agrippa. Toutefois, dans la biographie de l’empereur Hadrien (règne 117-138 ap. J.-C.), l’Historia Augustae, on lit:

«À Rome il a restauré le Panthéon, les Saepta, la Basilique de Neptune, de nombreux temples, le Forum d’Auguste, les Thermes d’Agrippa, les dédiant tous au noms des constructeurs d’origine.»
– Aelius Spartianus, La Vie d’Hadrien

Quod non fecerunt barbari...

«Ce que ne firent pas les barbares, les Barberini le firent.»
–Anonyme XVIIe siècle, affiche apparue sur la statue de Pasquin, une des statues parlantes de Rome.

Ensuite, entrez dans le porche grandiose à huit colonnes, devant l’entrée, et regardez son humble plafond.

Ci-dessous: Le plafond en bois du porche.
13_camp_PantheonPorticoCeiling

Nous voyons ici les tuiles nues du toit, posées sur les poutres en bois, à la place de poutres en bronze et du plafond suspendu, toujours en bronze, qui avaient survécu jusqu’à ce que le pape Urbain VIII Barberini (pontificat 1623-1644) les fasse fondre pour en tirer 110 canons pour le Château Saint-Ange.

Et sous ce plafond modeste se trouve la seule porte de la rotonde, la grande porte double qu’on a longtemps cru un remplacement pour la porte d’origine. C’était surtout à cause du cadre et de la grille au-dessus, donnant l’apparence d’un montage pour les battants trop petits pour l’ouverture. Quand enfin on a étudié le bronze de ces battants, on a pu constater qu’ils étaient contemporains de la rotonde, et donc un des rares exemples parvenus à nous de la métallurgie romaine. Les portes avaient été nettoyées au cours des siècles, des motifs chrétiens appliqués, mais une analyse de la technique de fusion n’a laissé aucun doute sur leur date: l’époque impériale.
  Chaque battant pèse 8,5 tonnes, et tourne sur des chevilles montées dans le sol et dans l’architrave. Un système ingénieux mais peu compris permettait le remplacement des chevilles, qui tendaient à s’user. En 1757, alors qu’on entretenait les portes, un battant est tombé, tuant le contremaître qui essayait de le remonter.
  Le battant droit se trouvait totalement bloqué et le battant gauche n’ouvrait que partiellement. Après deux siècles et une étude approfondie, en utilisant tout simplement du savon et une plaque spéciale pour lever légèrement la porte, on a pu remplacer les chevilles et remonter correctement les battants, si bien qu’on pouvait de nouveau les ouvrir et les fermer, tous les deux. C’était en 1998: les portes n’avaient pas été complètement ouvertes pendant 241 années.

Ci-dessous: Les portes du Panthéon, telles qu’elles étaient en 1976, avec le battant droit bloqué. Photographie © Paula Chabot, du projet VRoma.
13_camp_BronzeDoorsPantheon1976_Vroma

L’œil des cieux

Ce n’est que quand on est à l’intérieur du Panthéon que le génie de ce monument devient clair: c’est l’énorme dôme avec l’oculus au centre, spectacle puissant même les jours de pluie quand l’eau cascade à travers.
  À l’époque du Haut Empire, un écrivain comme Dion Cassius (155-235 ap. J.-C.), n’ayant aucune connaissance de l’histoire du Panthéon, était tout aussi impressionné par l’oculus. Dion était un parmi les nombreux observateurs qui voyaient dans le dôme une inspiration divine, tout comme Michel-Ange.

Ci-dessous: L’oculus.
14_camp_oculus

Pendant quelques 1900 années, ce dôme était le plus grand du monde, jusqu’en 1436, quand son diamètre de 43,3 mètres (150 pieds romains) a été dépassé par le dôme de Santa Maria del Fiore à Florence, œuvre de Filippo Brunelleschi.
   Le dôme du Panthéon est parmi les constructions romaines les plus étudiées, et même aujourd’hui nous ne comprenons pas entièrement comment il a été construit ni comment il est resté intact pendant si longtemps, survivant aux tremblements de terre, aux inondations, aux incendies et aux coups de foudre.

Un siège pour Hadrien

L’empereur Hadrien a fait ériger un tribunal ici pour pouvoir présider aux procès et aux réunions du Sénat tenus in Pantheum. Le siège du magistrat président se trouvait à la place de l’autel principal.
  Ce qui nous intéresse dans l’autel est sa forme: il se trouve au centre d’une exèdre, une structure conçue pour projeter la voix, typique non des temples mais des bâtiments civils tels que la basilique. Ainsi nous avons un autre indice que le Panthéon a été transformé, quand l’entrée au sud a été murée, afin de l’utiliser comme hall public.

Ci-dessous: L’autel principal du Panthéon.
15_camp_PantheonExedra

Rodolfo Lanciani a écrit qu’en 1828, alors qu’on enlevait l’ancien autel, on a trouvé des colonnes gravées du nom de Vibia Sabina, l’impératrice et femme d’Hadrien, mais ce que ces colonnes sont devenues nous ne le savons pas.

Ce qui nous amène à l’utilisation du Panthéon d’abord comme lieu de culte chrétien et ensuite comme lieu de sépulture pour les plus grands artistes de l’Italie, plus tard pour les deux rois de l’Italie moderne. De tous les tombeaux ici, celui de Raphaël est à la fois le plus humble et le plus fier. On lit sur son épitaphe:

Ille hic est Raphael timuit quo sospite vinci
rerum magna parens et moriente mori.

Voici ce Raphaël, qui quand encore il respirait
la Mère Nature elle-même y voyait son pareil
et son propre trépas avec le sien craignait.

Les Thermes de Néron

À cet endroit, on peut faire un petit détour qui nous porte à voir deux souvenirs des thermes que l’empereur Néron, lui aussi, a construit dans cette partie de Rome, environ 80 années après la construction des Thermes d’Agrippa.
  Le pauvre Néron ratait tout: en 62 ap. J.-C., il a construit un gymnase au coin nord-ouest du Panthéon, aussitôt détruit par un incendie; en 63, il a construit des nouveaux thermes au même endroit, avec une statue en bronze de lui-même, aussitôt explosée par la foudre. Toutefois ses thermes étaient providentiels, car cette partie de Rome ne brûla pas dans le Grand Incendie de 64 ap. J.-C. et il a pu les utiliser, avec les Thermes d’Agrippa et le Panthéon, comme abri temporaire pour les milliers de sans-abri. Malgré ses efforts pour aider les victimes de l’incendie, sa réputation ne s’en trouvait pas améliorée; vingt-cinq ans plus tard, Martial a écrit:

«Qu’y a-t-il de pire que Néron? Qu’y a-t-il pourtant de meilleur que les bains chauds de Néron? »
—Martial, Épigrammes, livre 7, 48.

Ces thermes sont connus comme les Thermes Néroniens-Alexandriens parce qu’ils ont été reconstruits en style grandiose en 227-229 ap. J.-C. par l’empereur Sévère Alexandre. Les énormes quantités de pierres récupérées de leurs ruines datent de son époque.
  La Salita dei Crescenzi, une rue à votre gauche lorsque vous sortez du Panthéon, marque la limite sud des Thermes de Néron. Le mot Salita (pente, colline) est intéressant, parce que la présence d’une élévation dans le Campus Martius ultraplat nous interpelle: s’il y a une colline, c’est qu’il y a quelque chose en dessous. Dans ce cas la chose est la masse de pierre et de briques des thermes, qu’on peut trouver dans et sous toutes les maisons de part et d’autre de la Via della Dogana Vecchia depuis la Piazza di Sant’Eustachio jusqu’à la Piazza di San Luigi dei Francesi. Tous ces bâtiments ont été construits littéralement dans les thermes.

Après quelques mètres sur la Salita dei Crescenzi, vous pouvez tourner à gauche et descendre la Via di Sant’Eustachio. Deux colonnes en granit rose et un bout de la frise trouvées devant l’église de Saint Louis des Français en 1934 ont été remontées ici le long du mur oriental de l’église de Sant’Eustachio, dans une zone qui était en fait derrière les thermes (l’entrée, au moins au IIIe siècle, se trouvait sur le côté nord). Vous remarquerez que le niveau du sol est plus bas ici: nous avons quitté l’enceinte des thermes.

Ci-dessous: Des colonnes des Thermes de Néron trouvées devant l’église de Saint Louis des Français.
17_camp_ColonneThermaeNeronis

À l’église de Sant’Eustachio, tournez à droite et traverser la Piazza di Sant’Eustachio jusqu’à la Via degli Staderari (d’habitude un policier monte la garde ici, puisque Palazzo Madama, à droite, est le siège du Sénat italien). Un labrum, ou baignoire, en granit rose égyptien, converti en fontaine, orne le Largo della Constituente. Le labrum a été trouvé sous le Palazzo Madama. Il a été placé ici en 1987.

Ci-dessous: Une baignoire qui sert de fontaine.
18_camp_LabrumNeronis

Tournez à droite sur la Via della Dogana Vecchia et notez la petite montée: nous entrons dans ce qui était la partie centrale des thermes.
  Ensuite, prenez la première ou la deuxième rue à droite pour revenir à la Piazza della Rotonda et dirigez-vous vers la fontaine au centre.

Isis et Serapis au Campus Martius

Maintenant que nous sommes dans la pleine confusion en ce qui concerne le Panthéon, on peut se tourner vers un monument qui est plus facile à déchiffrer, même si plus difficile à trouver, un temple voué à la destruction: le grand Iséum, Isis Campensis, le temple d’Isis au Campus Martius.

Nous savons où il se trouvait non pas seulement à partir des décombres sous les rues dans ce quartier, mais aussi par les nombreuses mentions de ce temple dans les sources anciennes, par exemple Juvénal, le poète satirique:

Si candida jusserit Io
Ibit ad Aegypti finem calidaque petitas
A Meroe portabit aquas ut spargat in aedem
Isidis antiquo quae proxima surgit Ovili.

Si la blanche Io [Isis] commande
elle ira au fin fond de l’Égypte
prendre de l’eau à Meroe [île du Nil]
pour l’asperger au temple d’Isis
qui se lève à côté des Saepta d’autrefois.
— Juvenal, Livre II, Satire 6, 527-529.

(Fin de l’extrait)

À propos de...

L’autel de Mars au Campus Martius: Cet autel est brièvement mentionné par Tite-Live, Festus et Suétone. Nous savons qu’il existait dès 443 av. J.-C. au moins, et qu’il avait à voir avec le recensement. Il se trouvait peut-être directement à l’intérieur de la Villa Publica, où la population romaine était comptée par les censeurs; les hommes en âge de servir sous les armes y étaient affectés aux différentes légions. À l’est se trouvaient le mur servien et la Porta Fontinalis (Piazza Venezia). On pense que les ruines sur plusieurs niveaux trouvées sous la Via del Plebiscito en 1925 sont les restes de l’autel de Mars.   ← Retour

Marécages du Campus Martius: Agrippa a assaini un marécage, le Palus caprae ou «Marais des chèvres», afin de créer son lac. Rempli de sédiments et couvert de maisons des siècles plus tard, c’était toutefois toujours une dépression, d’où le nom «Alla Valle» pour cette zone entre le Théâtre de Pompée et les Thermes de Néron, c’est-à-dire entre le Corso Vittorio et la Piazza di Sant’Eustachio. Une partie du canal d’évacuation des eaux du lac vers le Tibre a été découverte sous l’église de Sant’Andrea della Valle en 1949.   ← Retour

Propriété privée d’Agrippa: Les terres que possédait Marcus Agrippa dans le Campus Martius appartenaient auparavant à Marc Antoine, vaincu par Agrippa dans la bataille d’Actium en 31 av. J.-C., pendant la guerre civile. Avant Marc Antoine, ces mêmes terres étaient la propriété de Pompée, vaincu par Jules César à Pharsalus en 48 av. J.-C.   ← Retour

Arco della Ciambella: Les ruines encastrées dans les maisons de la Via dell’Arco della Ciambella sont les restes visibles d’une structure circulaire couverte d’un dôme qui faisait partie des Thermes d’Agrippa. Un bloc en marbre gravé du nom «Agrippa» a été excavé ici en 1888; le fragment 38 du Plan de marbre de Rome, Thermae Agrippae, montre également la forme de cette salle et les bâtisses autour (dont certaines ont été retrouvées).
  Ces ruines sont en béton revêtu de briques. Le dôme couvrant la salle avait un diamètre de 25 mètres. Environ la moitié a survécu, englobée dans les bâtiments du côté nord de la Via dell’Arco della Ciambella.

L’histoire du nom «alla Ciambella» nous vient des mémoires du sculpteur Flaminio Vacca, écrites en 1594. Elle commence avec un collectionneur passionné, le cardinale Andrea della Valle (1463-1534), membre de la famille della Valle dont le fief était justement la zone du lac d’Agrippa dans le Campus Martius. Le cardinal employait le père de Flaminio et d’autres hommes à la recherche de trésors dans les Thermes d’Agrippa, où ils ont en fait trouvé une sculpture en bronze de la Couronne civique. Puisqu’elle ressemblait à la ciambella ou «beignet» utilisée pour porter des fardeaux sur la tête, la couronne célèbre a été affublée de ce nom. Par la suite, à cause de l’image de la couronne sur une enseigne de taverne, tout le quartier était connu comme «Alla Ciambella».

Ci-dessous: Auguste portant un «beignet», la Couronne civique. Photographie de la copie à l’Ara Pacis, © Giovanni Dall’Orto, 2008.
fn_camp_AugustusCivicCrownMuseiCapitolini

Cependant, à vous de décider si c’était la couronne civique ou la salle circulaire qui a donné son nom au quartier, puisque avant les années 1500, on appelait ces ruines le Tondochose ronde»), le Rotulorouleau») et aussi le Torrionegrande tour»).     ← Retour

Flaminio Vacca: 1538-1605. Sculpteur romain, il est enterré au Panthéon, ayant reçu l’honneur d’être nommé membre de l’Accademia dei Virtuosi al Pantheon. Ses mémoires sont une des sources principales pour l’histoire de la redécouverte de la Rome antique au XVIe siècle.
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La Couronne civique: C’était un honneur militaire, un simple anneau de feuilles de chêne, attribué pour avoir sauvé la vie de ses compatriotes. Une fois décernée, la couronne civique devait être portée lors de toute manifestation publique. Elle conférait certains droits et privilèges, tels un siège au Sénat.
  L’attribution de la Couronne civique à Auguste en 27 av. J.-C. pour avoir mis fin à la guerre civile, sauvant ainsi les vies des citoyens, marque le début du principat et de la période impériale.   ← Retour

Les Saepta Iulia: Un saeptum (ou ovile comme on disait pour les premiers enclos de vote) était un enclos de moutons ou bergerie, c’est-à-dire l’ensemble de palissades qui canalisait les moutons par rangs ordonnés lors de la tonte ou la traite, etc. Au pluriel, le mot désignait les espaces où les Romains votaient, tous rangés dans leurs groupes de vote ou «centuries».
   Les Saepta étaient une institution vraiment ancienne: la tradition romaine les faisait remonter au roi Servius Tullius (~578–535 av. J.-C.). Jules César projetait de les reconstruire en 54 av. J.-C., mais ne trouva jamais le temps de le faire. Agrippa, ce grand constructeur, les a complétées en 26 av. J.-C., dédiant tout le complexe à la famille Julia pour honorer son ami Octave.
  Les Saepta occupaient un espace énorme entre l’hecatostylum (le Porticus Pompei) au sud, les Thermes d’Agrippa (le Panthéon) à l’ouest et l’Iséum à l’est, le tout entouré de portiques, le long desquels on trouve les rues modernes de la Via del Plebiscito, la Via dei Cestari, la Via del Seminario et la Via del Gesù.
   Au côté sud on trouvait le Diribitorium (du mot diribere, «ordonner les tablettes de vote»), un bâtiment où l’on comptait les votes. Le Diribitorium était célèbre dans la Rome antique pour les poutres exceptionnellement longues qui soutenaient le toit, chacune de 100 pieds romains (29,6 mètres). Une de ces poutres extraordinaires était exposée à l’admiration du public dans les Saepta.
  La portion des Saepta visible encore près du Panthéon faisait partie du portique occidental appelé soit le Porticus Agrippiana ou le Porticus Argonautarum, puisqu’il était apparemment décoré avec des scènes de l’histoire de Jason et les Argonautes.
  Puisque les enclos de vote n’avaient plus de fonction avec l’avènement de l’Empire, on utilisait cet espace pour les spectacles, l’exposition d’œuvres d’art et pour des boutiques.   ← Retour

Caldarium ou Calidarium: Il s’agit de la salle chaude des thermes, connu également comme vaporarium ou sudatorium. On l’appelait parfois un laconicum ou laconium, du mot «Laconia» ou «Lacédémone», la région habitée par les Spartiates, qu’on croyait inventeurs des bains de sueur ou bains de vapeur.   ← Retour

La forme canonique de la salle chaude: Dans son œuvre De Architectura, livre V, chapitre 10, 5, Vitruve préconise une forme hémisphérique pour la salle chaude, dont la hauteur devait être égale à la largeur, couverte d’un dôme de manière à distribuer la chaleur et la vapeur de façon égale sur les murs. Au sommet du dôme devait se trouver une ouverture fermée par un disque en bronze (clipeus, «bouclier») suspendu par des chaînes, permettant de le remonter ou le baisser afin de régler la température à l’intérieur.
  Les thermes devaient également faire face à l’ouest ou au moins au sud, puisqu’on se baignait généralement dans l’après-midi.
  Une curiosité du Panthéon est la présence de crochets à la base de l’oculus.   ← Retour

L’Incendie de 80 ap. J.-C. ou l’Incendie de Titus: L’empereur Titus se trouvait en Campanie, à constater les dégâts suivant l’éruption de Vésuve en 79 ap. J.-C., quand un incendie grave s’est déclaré à Rome. Selon Dion Cassius, une bonne partie du Campus Martius et du Capitole a été détruite:

«le temple de Serapis, le temple d’Isis, les Saepta, le temple de Neptune, les thermes d’Agrippa, le Panthéon, le Diribitorium, le théâtre de Balbus, le bâtiment de la scène du théâtre de Pompée, les bibliothèques d’Octave avec tous leurs livres et le temple de Jupiter Capitolinus avec tous les temples autour. Ainsi le désastre semble non être de main d’homme mais d’origine divine, puisqu’on peut avoir une idée, juste en lisant la liste des bâtiments que j’ai donnée, combien d’autres édifices ont dû être détruits.»
–Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LXVI.


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Le débat sur le Panthéon: De nos jours encore, les archéologues ne sont pas d’accord sur l’histoire du Panthéon. Certains croient que sa forme est essentiellement la même depuis l’époque d’Agrippa (25 av. J.-C.), d’autres pensent que c’est une transformation du caldarium, simplement parce qu’il respecte la forme canonique (un hémisphère ayant une ouverture au sommet) et par sa proximité des autres bâtiments des thermes d’Agrippa. De plus, l’architecte chargé par Agrippa de construire le Panthéon, Lucius Cocceius Auctus, était originaire de Cume près de Baïes, où un dôme similaire, en béton à oculus, couvrait un caldarium.
  L’interprétation plus commune aujourd’hui pourtant est que la rotonde a été construite sous l’empereur Hadrien, principalement sur la base des marques de briques qui datent de son époque, et parce qu’on doute qu’on ait pu construire une coupole si grand et si stable en 25 av. J.-C. (bien que même aujourd’hui, on soit incapable de construire une coupole en béton non armé si grand et si stable). D’autres spéculent que la rotonde était un espace circulaire ouvert à l’époque d’Agrippa, encadré par deux bâtisses rectangulaires, la Basilique de Neptune au sud et un premier Panthéon au nord.
  Mais comme vous voyez, aucune de ces idées n’est incompatible avec les autres, puisque les Thermes d’Agrippa et le Panthéon ont brûlé plusieurs fois, ont été frappés par la foudre à répétition, ont été continuellement endommagés par des séismes et des inondations. Nous savons qu’il y a eu des restaurations sous les empereurs Domitien (~81-96 ap. J.-C.), Trajan (~110-117 ap. J.-C.), Hadrien (~125-138 ap. J.-C.), Antonin le Pieux (138-161 ap. J.-C.) et Septime Sévère (202 ap. J.-C.).
  Donc l’histoire du Panthéon est très incertaine avant 120 ap. J.-C. On n’est même pas sûr de son nom. Et le porche, l’inscription et le double fronton font peu pour clarifier ces mystères. La meilleure hypothèse est qu’il s’agissait bien d’un temple, consacré aux gens Iulia et leurs dieux, à la fois des mortels (Jules César et Octave) et immortels (Vénus).
  Nous savons aussi que la rotonde a été construite ou reconstruite en 90-140 ap. J.-C., après que «la foudre l’a brûlé», comme nous le livrent les sources des IIIe et IVe siècles. Dès 90 ap. J.-C., il y avait un précédent pour le dôme avec oculus, utilisé non pas pour des thermes mais uniquement pour une salle: la salle octogonale de la Maison d’or de Néron (~66 ap. J.-C.). Et bien que la salle octagonale soit enterrée sous les Thermes de Trajan dès 104 ap. J.-C., il y avait un architecte qui l’aurait vue: Apollodore de Damas, qui travaillait pour les deux empereurs, Trajan et Hadrien. De plus, dans les Thermes de Trajan, Apollodore a construit des demi-dômes à caissons dont l’épaisseur décroissait avec la hauteur, technique très similaire à celle utilisée pour le Panthéon.

Ci-dessous: Reste d’un demi-dôme à caissons des Thermes de Trajan dans le Parc de Colle Oppio.
fn_camp_ExedraThermaeTraianae

Ainsi, certains disent que la coupole du Panthéon est dûe également à Apollodore.
  Il y a encore une autre théorie pour l’existence de l’oculus: puisque le Panthéon était un temple des Iulii, l’architecte, qui qu’il fût, a fait un effort conscient pour associer les hommes divinisés de cette famille, Jules César ou Octave ou tous les deux, avec la légende que Romulus est monté au ciel, justement au Palus Caprus, le Marais des Chèvres, qui par hasard se trouvait ici, dans les terres d’Agrippa. Pour faire ce lien dans les esprits des observateurs, il voulait être certain qu’on pouvait voir le ciel à travers une grande ouverture au sommet du temple.    ← Retour au Campus Martius, le débat sur le Panthéon

Le premier dôme en béton: Le «Temple de Mercure» à Baïes comprend un dôme en béton avec un oculus au centre, couvrant un caldarium chauffé par des sources thermales naturelles. Le dôme mesure 21,5 mètres de diamètre, environ la moitié du dôme du Panthéon. Il a été construit au Ier siècle av. J.-C., donc avant le Panthéon.   ← Retour

Santa Maria ad Martyres: En 609 ap. J.-C. l’empereur byzantin Phocas (règne 602-610 ap. J.-C.), souverain en nom de la ville gouvernée de facto par le pape Boniface IV (pontificat 608-615), a cédé le Panthéon au pape pour que celui-ci l’utilise comme église.
  Le nom ad Martyres se réfère aux nombreuses reliques que le pape Boniface faisait porter ici des catacombes. Aux restes des saints se sont ajoutées les dépouilles des hommes de grand talent, enterrés avec honneur au Panthéon «divin» (comme le disait Michel-Ange). Les plus grands artistes de la Rome de la Renaissance, dont Raphaël Sanzio, Arcangelo Corelli et Baldassare Peruzzi, ont été honorés de ces sépultures d’excellence.
  Après l’unification de l’Italie, ses rois ont été également enterrés ici: Victor-Emmanuel II (mort en 1878, enterré au Panthéon en 1884), Umberto I (mort en 1900, enterré au Panthéon en 1904) et la reine Margherita en 1926.   ← Retour

L’importance du Panthéon: Le Panthéon est le mieux préservé des édifices classiques et parmi les plus antiques, si on prend en compte que certaines parties ont été construites par Agrippa en 25 av. J.-C. Il est devenu le modèle pour beaucoup d’autres bâtiments monumentaux dans le monde antique et moderne. On peut voir son influence dans le Panthéon parisien du XVIIIe siècle, la Sankt-Hedwigs-Kathedrale à Berlin, au British Museum (la salle de lecture), le Congrès américain – la liste de bibliothèques, églises et bâtiments publics qui s’inspirent du Panthéon est longue.
  Tout comme sa forme, les techniques de sa construction continuent à intriguer et inspirer les ingénieurs et les architectes.
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L’inscription du fronton: Sous la grande inscription se trouve une plus petite et moins lisible:

IMP CAES L SEPTIMIUS SEVERUS ET IMP M AURELIUS ANTONINUS PANTHEUM VETUSTATE CORRUPTUM CUM OMNI CULTU RESTITUERUNT
«L’empereur Septime Sévère et l’empereur Marcus Aurelius Antoninus (Caracalla) ont restauré au Panthéon vétuste sa splendeur»

La restauration des Sévérans a dû être très limitée, puisqu’on n’a trouvé ni pierres ni briques posées à leur époque (193-217 ap. J.-C.).   ← Retour

La construction du Panthéon: Il n’est pas surprenant que sa stabilité incroyable commence avec l’épaisseur extrême du tambour cylindrique qui soutient le dôme. Le mur du cylindre fait 6,4 mètres (40 pieds romains) d’épaisseur, mais ce n’est pas de la maçonnerie pleine – il y a 16 vides aménagés dans le mur, consistant en huit voûtes de soutien et huit niches aveugles au niveau plus bas, avec d’autres vides au-dessus. Les fondations sont plus épaisses encore que le mur, consistant en un anneau double de 10 mètres de large fait de couches de roches calcaires et béton pouzzolane, extrêmement dur et résistant à l’eau.
  La coupole est faite de béton non armé: aucun métal n’a été utilisé dans sa construction. Elle est composée d’une série de sept anneaux concentriques, chacun diminuant en largeur, placés l’un par-dessus l’autre. Chaque anneau consiste en béton déposé en couches de 20 cm d’épaisseur, une couche à la fois. Et chaque anneau est plus petit et plus léger que le précédent: la paroi du dôme mesure 5,9 mètres au niveau de l’anneau coffré du bas, tandis que l’anneau lisse supérieur s’amenuise jusqu’à 1,5 mètres à l’oculus. Les anneaux inférieurs sont faits de béton de pouzzolane et calcaire, auquel ont été ajoutés des briques et blocs de tuff, lourds; les anneaux supérieurs sont de béton mélangé au tufs légers et pierres volcaniques poreuses. Le secret de la stabilité de la coupole semble être le béton: le béton romain mûrissait très lentement, devenant de plus en plus dur avec le temps.
  Chaque anneau des cinq rangs inférieurs est garni d’une bande de 28 caissons. Ces caissons ne font pas partie de la structure: ils servaient de support à un revêtement de bronze, étant donc creux pour maintenir la légèreté de la coupole.
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Pouzzolane ou pozzolana: Cette pierre ponce ou cendre volcanique prend son nom de Pouzzoles (Pozzuoli, près de Naples) où elle est particulièrement abondante.
  Le béton romain se faisait en mélangeant de la chaux et la pouzzolane dans des proportions données par Vitruve: une partie de chaux à trois parties de pouzzolane pour faire du béton ordinaire, une partie de chaux à deux parties de pouzzolane pour le béton hydraulique, qui durcit en présence de l’eau salée.
  Le béton pouzzolan romain était fait avec très peu d’eau et (comme écrivait Vitruve) tassé avec un outil particulier dans la pierre qu’il devait lier. Il mûrissait très lentement, mais une fois durci, il possédait une force et une flexibilité qui continuaient à augmenter avec le temps (alors qu’une bonne partie des bétons modernes commence à s’effriter après 100 ans).   ← Retour

Le nom du Panthéon: Il semble que le mot «Pantheon», du grec «de tous les dieux», était un surnom pour cette bâtisse, puisque les sources antiques comme Dion Cassius ou Macrobe s’y réfèrent comme «le soi-disant Panthéon» et «le temple qu’on appelle le Pantheon». Dans la culture hellénistique, les temples dédiés à tous les dieux ou aux douze grands dieux étaient dénommés Pantheon et Dodekatheon. Puisque le temple d’Agrippa semble avoir été dédié plutôt aux Iulii divinisés qu’à tous les dieux, les Romains pensaient peut-être qu’il ne méritait pas tout à fait le nom «Panthéon».
  En tout cas, il était déjà connu sous ce nom le 12 janvier 59 ap. J.-C., puisqu’il existe une inscription qui nous dit que les Frères arvales se sont réunis in Pantheum ce jour-là.
  Dion Cassius, écrivant au début du IIIe siècle av. J.-C., pensait que ce nom pouvait venir de l’oculus qui donnait une vue du ciel, mais aussi des nombreuses statues de dieux différents qui l’ornaient, comme les statues de Mars et Vénus.
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Les Thermes d’Agrippa: Ces thermes sont bien attestés dans les sources antiques, mentionnés par Pline l’Ancien, Martial, Sénèque, Dion Cassius et dans bien d’autres œuvres et inscriptions. Ils ont été construits en 19 av. J.-C., dès que l’aqueduc Virgo qui les fournissait en eau avait été complété. Agrippa, mort en 12 av. J.-C., les a laissés en héritage au peuple romain, en faisant les premiers thermes publics de Rome.
  Nous savons également à partir des sources anciennes qu’une structure dénommée le «laconicum» avait été construite beaucoup plus tôt, vers 27-25 av. J.-C., en même temps que le Panthéon. Sa fonction est incertaine: le mot désignait généralement un bain de sueur ou de vapeur, de «Laconia», région de Sparte, où cette pratique avait son origine, mais elle aurait pu être également un espace ouvert pour le sport et l’exercice.
  Les thermes d’Agrippa étaient célèbres pour les œuvres d’art qu’ils abritaient, décrites par Pline l’Ancien dans son œuvre Naturalis Historia. Le caldarium était décoré de marbres et tableaux en cire, et l’entrée et le jardin étaient ornés de statues célèbres comme l’Apoxyomène et le Lion, deux œuvres du sculpteur Lysippe.
  Les thermes ont continué à fonctionner jusqu’au Ve siècle. Au VIIIe siècle, leurs ruines servaient de carrière de pierre.   ← Retour

Lysippe: Lysippe, né vers 300 av. J.-C. près de Corinthe, travaillait pour Alexandre le Grand. Ses statues en bronze et en marbre, devenues légendaires, étaient copiées par des artistes partout dans le monde antique. On connaît ses œuvres les plus célèbres à partir de copies romaines: l’Hercule farnèse au Musée archéologique de Naples, l’Apoxyomène au Vatican, «Éros cordant son arc» aux Musées du Capitole.   ← Retour

Pontificia Accademia dei Virtuosi al Pantheon: L’Académie Pontificale des Beaux-Arts et Lettres des Virtuoses au Panthéon a été fondée en 1543. En être membre était et est un grand honneur, une nomination pontificale pour les artistes de talent exceptionnel. Au XVIIe et XVIIIe siècles ses membres exhibaient leurs œuvres dans le porche du Panthéon.
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Raphaël: Raffaello Sanzio d’Urbino, un des grands maîtres de la Renaissance, est mort en 1520 à l’âge de 37 ans.
  À en croire la «Vie de Raphaël» dans l’œuvre de Giorgio Vasari, Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (1568), Raphaël rentrait à la maison un jour d’avril 1520 avec de la fièvre, après s’être livré, comme à son habitude, aux «piaceri amorosi» (nous supposons en compagnie de son modèle et sa maîtresse de toute sa vie, Margherita Luti, La Fornarina ou «la Petite Boulangère»). Après avoir mis ses affaires en ordre, il est mort quelques jours plus tard, trépassant rapidement grâce aux saignées.
  Dans son testament il a laissé une somme d’argent pour la restauration d’un édicule (petite niche qui contient un tableau ou une statue) au Panthéon, faisant état de son désir d’y être enterré. Lorenzetto Lotto, un de ses élèves, sculpta une statue pour sa tombe, la Madonna del Sasso, placée dans le deuxième édicule à gauche de l’autel principal.
  Le souvenir de la tombe de Raphaël a été perdu par la suite: on le disait enterré dans la chapelle d’Urbino à Santa Maria Sopra Minerva, tandis qu’un crâne dans l’église des Saints Luca et Martina, l’église des artistes près du Forum, passait pour être le sien.
  En 1833, l’Académie pontificale des artistes du Panthéon s’est mise en branle pour trouver la tombe, s’attendant à trouver un squelette sans tête ou rien du tout. Les recherches de la tombe de Raphaël ont commencé le 9 septembre, sur la base des informations dans la biographie de Lorenzetto Lotto et la «Via de Raphaël» de Vasari. Comme l’archéologue Rodolfo Lanciani raconte, il a fallu cinq jours pour enlever la niche contenant la Madonna del Sasso et excaver la crypte en dessous, quand

«À midi du 14 septembre 1833, la dernière pierre a été enlevée, et le groupe, bouillonant d’anticipation, a contemplé pour la première fois les restes du «peintre divin». [...] À 14h25, Gaspare Servi a annoncé la découvert du crâne, dont le trait principal était deux rangs de dents saines et éblouissantes.»
–Rodolfo Lanciani, Les ruines et les excavations de la Rome antique (Ruins and Excavations of Ancient Rome), 1897.

La dépouille de Raphaël a été placée dans un cercueil exposé à la vue du public sous la Madonna del Sasso.   ← Retour

Thermes Néroniens-Alexandriens: Ces thermes sont notés dans les sources antiques pour leur luxe. Comme les Thermes de Caracalla, ils étaient pourvus de galeries de service souterraines. Ils étaient très populaires et donc courus; l’empereur Sévère Alexandre a prolongé leurs heures de fonctionnement jusque dans la nuit. Ils étaient en service jusqu’au Ve siècle.
  Leurs vestiges s’étendent de l’église de Saint Louis des Français, construite sur le gymnase à l’angle nord-ouest, jusqu’au Sénat, Palazzo Madama, construit sur les bains chauds à l’angle sud-ouest, jusqu’à la Piazza della Rotonda à l’angle sud-est et le Palazzo Rondanini au nord-est.
   Un plancher sous l’église de Saint Louis des Français et une baignoire récupérée sous Palazzo Madama sont les seuls restes provenant avec certitude de l’époque de Néron.

Ci-dessous: Les Thermes de Néron représentés sur les rues modernes.
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Puisque le débit de l’Aqua Virgo était insuffisant pour ces nouveaux thermes, Sévère Alexandre fit construire un nouvel aqueduc pour les alimenter, l’Aqua Alexandrina, dont de nombreux restes sont encore visibles.

Ci-dessous: Des arches de l’Aqua Alexandrina au Fosso di Centocelle, dans les quartiers est de Rome.
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Du XVe siècle à nos jours, des mosaïques, des vasques, des colonnes et des morceaux de frise ont été extraits des ruines. Deux colonnes de granit rose égyptien des Thermes de Néron ont été utilisées dans le coin nord-est du Panthéon quand le porche a été restauré au XVIIe siècle.   ← Retour

Temple d’Isis au Campus Martius: Sa date de construction n’est pas connue, mais Jules César, qui avait (comme on sait) un faible pour la reine d’Égypte Cleopatra n’y était peut-être pas étranger, directement ou indirectement. En tout cas, les triumvirs de 43 av. J.-C. (Octave, Marc Antoine et Lepidus) ont décidé d’élever un temple à Isis et Sérapis, probablement le temple au Campus Martius, peut-être en tant que geste à l’intention de Cléopâtre, dont ils sollicitaient l’aide dans la poursuite des assassins de César.
  L’empereur Domitien a restauré l’Iséum après l’incendie de 80 ap. J.-C., et la plupart des restes éparpillés dans le quartier proviennent de ce complexe du Ier siècle. Il était orné d’au moins dix obélisques, petits et grands, y compris l’Obélisque de Domitien, aujourd’hui au centre de la Fontaine des Quatre Fleuves à Piazza Navona.
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Cléopâtre VII d’Égypte: Cléopâtre n’a guère besoin d’introduction: elle est peut-être la femme la plus célèbre du monde antique, déjà de son vivant.
  Elle était le 17ème et dernier souverain de la dynastie grecque des Ptolémées qui ont régné sur l’Égypte de 305 à 30 av. J.-C. Elle était la maîtresse et l’alliée de Jules César et de Marc Antoine, et elle a eu des enfants avec les deux.
  Les auteurs antiques sont d’accord quant à sa beauté, son esprit vif, son audace et son intelligence et sont prodigues d’histoires pour le montrer. Ses aventures commencent quand, à l’âge de 21 ans, exilée d’Alexandrie par son frère Ptolémée XIII, elle réussit quand même à rencontrer César:

[...] elle se mit dans un petit bateau, et arriva de nuit devant le palais d’Alexandrie. Comme elle ne pouvait y entrer sans être reconnue, elle s’enveloppa dans un paquet de couvertures, qu’Apollodore lia avec une courroie, et qu’il fit entrer chez César par la porte même du palais.
–Plutarque, «La Vie de César», dans les Vies parallèles. Traduit par D. Ricard.

On peut imaginer la surprise de César lorsqu’il déplia les couvertures. Il avait 51 ans à l’époque.

Dans la «Vie d’Antoine» nous lisons:

Sa voix était pleine de douceur; et sa langue, telle qu’un instrument à plusieurs cordes, qu’elle maniait avec la plus grande facilité, prononçait également bien plusieurs langages différents. Il y avait peu de nations barbares avec qui elle eût besoin d’interprète; et elle parlait dans leur propre langue aux Éthiopiens, aux Troglodytes, aux Hébreux, aux Arabes, aux Syriens, aux Mèdes et aux Parthes. Elle savait plusieurs autres langues [...]
–Plutarque, «La Vie d’Antoine», dans les Vies parallèles. Traduit par D. Ricard.

Et les tours qu’elle jouait à Marc Antoine sont également légendaires. Au-delà de lui servir sa perle à dîner, elle le battait à la pêche:

Un jour qu’il pêchait et ne prenait rien, Marc Antoine ordonnait à ses serviteurs de plonger et de mettre des poissons pris auparavant sur son hameçon. Mais la reine n’était pas dupe: le lendemain, elle proposa de nouveau une partie de pêche, pour que ses amis puissent voir l’habileté d’Antoine. Quand il eût lancé sa ligne, elle fit mettre par ses plongeurs un hareng séché de Pontus sur son hameçon [...]

Capturée par Octave en 30 av. J.-C., après la défaite finale de Marc Antoine, elle a préféré se donner la mort en se faisant mordre par un aspic plutôt que de figurer dans son triomphe.   ← Retour

Le Culte d’Isis à Rome: Il y avait deux temples majeurs d’Isis et Sérapis à la fin de la République. Le temple principal se trouvait au Campus Martius et était connu comme Isis Campensis. Un autre, plus petit, se trouvait au pied de l’Oppius (aujourd’hui la Via Labicana). La Regio III, troisième des quatorze divisions administratives de Rome instituées par Auguste, prenait son nom de ce temple à l’Oppius: Regio III s’appelait «Isis et Serapis».
  L’empereur Hadrien (règne 117-168 ap. J.-C.) était particulièrement intéressé par le culte d’Isis et de Sérapis et a fait construire un Sérapéum dans sa villa à Tivoli.
  Toutefois, Rome avait une relation d’amour et de haine avec Isis. On éliminait à répétition ses temples installés à l’intérieur des murs; de temps en temps son culte était interdit.   ← Retour

Destruction de l’Iséum: L’empereur Théodose Ier, un chrétien, a interdit tous les cultes païens (et certains cultes chrétiens également, par exemple l’arianisme). Le culte d’Isis et de Sérapis a été particulièrement visé après la réaction violente de ses fidèles à Alexandrie en 391, quand des chrétiens auraient été tués et le Sérapéum d’Alexandrie, une des merveilles du monde, détruit. Ainsi, certains archéologues croient que l’incendie du l’Iséum du Campus Martius était une riposte délibérée aux évènements d’Alexandrie, principalement parce qu’il semble que les prêtres du temple étaient avertis: ils ont caché nombre des trésors du temple dans une petite salle. Ceux-ci ont été redécouverts, indemnes, pendant des travaux dans la Via del Beato Angelico en 1833.
  À la fin des années 1500, des ouvriers ont trouvé des colonnes de marbre giallo antico, encore debout, sous l’église de Santo Stefano del Cacco. Mais elles étaient si endommagées par le feu qu’elles se sont effritées dès qu’on les a touchées.   ← Retour

San Macuto ou Mahutaeus ou Malo: Malgré son nom qui a de vagues assonances égyptiennes (Mahutaeus en Latin, Macuto ou Macuteo en italien, Maclou ou Malo en français) Macuto venait du Pays des Galles. C’était le premier évêque d’Aleth, une ville sur la côte de la Bretagne; il est mort vers 620. On le considère un des saints fondateurs de la Bretagne, et au XIIe siècle toute la région d’Aleth a pris le nom Saint-Malo.   ← Retour

Le caducée: Le bâton ailé entouré de deux serpents est un symbole très antique, dont les origines remontent à la Mésopotamie de 400 av. J.-C. En Égypte il est devenu l’emblème de Hermanubis, le dieu-messager à tête de chacal qui assimile Hermès le grec avec Anubis l’égyptien. Le caducée est souvent confondu avec le bâton d’Esculape et utilisé de façon erronée pour les professions médicales, erreur qui date de 1902 quand il est devenu le symbole du Corps médical de l’armée américaine, qui apparemment ne savait pas la différence.   ← Retour

L’Obélisque de Macuteo: Cet obélisque vient d’Héliopolis, et porte le nom de Ramsès II (règne 1279-1213 av. J.-C., troisième pharaon de la XIXe dynastie).
  Même si les détails de sa redécouverte ne nous sont pas parvenus, il a été retrouvé probablement vers 1600 quand on faisait des travaux pour augmenter l’abside de Santa Maria Sopra Minerva. Il a été ensuite remonté tout près, devant l’église de San Macuto.   ← Retour

Le Pulcino: Ce petit éléphant qui sert de base pour l’obélisque a été dessiné par le Bernin pour le pape Alexandre VII Chigi, en tant qu’image allégorique de la force du corps nécessaire à la force de l’esprit. Il a été sculpté par un des élèves du Bernin, Ercole Ferrata, en 1667.
  Le mot «pulcino» vient probablement de la «correction» du nom que les Romains utilisaient au XVIIe siècle pour la statue, porcino, «porcelet» (le dialecte romain tend à intervertir les sons l et r).   ← Retour

L’Obélisque de la Minerva ou le Minervaeus: Cet obélisque a été trouvé dans les jardin des pères dominicains de Santa Maria en 1665, à environ 3,5 mètres de profondeur, et remonté devant l’église en 1667.
  De son inscription en hiéroglyphes, on a pu conclure qu’il honorait autrefois le pharaon Wahibre («Fils de Ra» Wah-ib-Re, «Apries» en grec, règne 589-570 av. J.-C.), quatrième pharaon de la XXVIe dynastie. L’inscription nous apprend également que l’obélisque se trouvait dans le temple d’Osiris à Saïs, ville très antique dans la branche occidentale du delta du Nil.   ← Retour

Madama Lucrezia: Exactement où et quand on a trouvé la statue n’est pas connu. Elle a été placée à l’angle de la Basilique de Saint Marc à la Piazza Venezia en 1465, devenant par la suite une des statues parlantes de Rome. La statue a pris son nom d’un de ses propriétaires, Lucrezia d’Alagno (1430-1475), une noble napolitaine qui vivait dans le quartier vers la fin de sa vie.

Ci-dessous: Isis (ou peut-être une prêtresse d’Isis), aujourd’hui à la Piazza di San Marco (angle sud-ouest de Piazza Venezia).
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Minerva Chalcidica: C’était un temple rond avec quatre escaliers d’accès, construit par l’empereur Domitien (règne 81-96 ap. J.-C.), appelé «Chalcidica» parce qu’il se trouvait à l’entrée du Divorum di Domitien, dont il faisait partie (un chalcidicum est un portique servant d’entrée monumentale).
  Le Divorum et le temple de Minerve s’inséraient dans le contexte de la vaste campagne de reconstruction entreprise par Domitien dans le Campus Martius à la suite de l’incendie désastreux de 80 ap. J.-C.
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Le Divorum: C’était un grand portique de plan rectangulaire, construit par Domitien en honneur de son père Vespasien et de son frère Titus divinisés, dans une partie du Campus Martius dévastée par le feu en 80 ap. J.-C. Il semble avoir été une sorte de jardin contenant des temples aux deux empereurs. Le mur sud a été retrouvé sous la Via del Plebiscito en 1925.   ← Retour

Le Temple de Hadrien: Sur la base de la «Vie d’Antonin le Pieux» et la «Vie de Lucius Verus» de l’Historia Augusta nous savons que le temple a été consacré par Antonin le Pieux en 145 ap. J.-C.
  Antonin le Pieux a fait beaucoup pour l’image d’Hadrien après sa mort, car certains considéraient qu’Hadrien était loin d’être divin, notamment à cause de toute cette histoire sentimentale d’Antinoüs. Le Sénat trainait des pieds quand Antonin le Pieux a proposé la divinisation de son prédécesseur, mais à la fin il a obtenu gain de cause. Antonin a également révoqué les sentences de mort proclamées par Hadrien (disant qu’Hadrien lui-même entendait les révoquer), et a rigoureusement respecté le désir d’Hadrien en nommant Lucius Verus et Marc Aurèle ses propres successeurs.
  Trois siècles après sa construction, le temple était en ruines et son identité oubliée. Dans les années 1500 il a été utilisé comme «brefotrofio», un abri pour les enfants abandonnés (du mot grec brefos, «nouveau-né»). Le pape Innocent XII Pignatelli l’a transformé en bureau de douanes pontificales en 1695. On l’appelait erronément «Basilique de Neptune» jusqu’en 1904 quand un classiciste, enseignant de lycée allemand, Hans Lucas, l’a identifié comme le Temple d’Hadrien.
  Les archéologues pensent qu’à l’origine le temple avait quinze colonnes sur les côtés longs et huit sur les côtés courts et formait une paire avec le Temple de Matidia plus antique, juste à l’ouest.
  Les deux temples étaient entourés d’une enceinte ayant peut-être deux entrées monumentales, Une de ces entrées, connue comme l’Arc des Antonins ou l’Arc parthien de (Lucius) Verus ou encore l’Arco de’ Pazzarelli, a été détruite avant 1527. Cet arc était décoré avec un bas-relief montrant l’arrivée d’Hadrien dans la ville (l’adventus), aujourd’hui aux Musées du Capitole. D’autres restes ont été retrouvés en 1942 sous la maison au numéro 333 de la Via del Corso.   ← Retour

Le Collegio Romano: Cette grande bâtisse, qui occupe entièrement le côté nord de la Piazza del Collegio Romano, était et est toujours une école, bien qu’elle ne soit plus administrée par les jésuites. Elle a été instituée en 1551 par le fondateur de l’ordre, Ignace de Loyola, d’abord dans une maison de la Via del Gesù et ensuite dans le Palazzo del Collegio Romano quand celui-ci a été complété en 1582.   ← Retour

L’église de Santa Maria Sopra Minerva: Il s’agit d’une église dominicaine, construite au XIIIe siècle sur les ruines d’une petite église du VIIIe siècle dite «in Minervum», construite elle en ré-utilisant les murs des Saepta, des enclos de vote, qu’on avait confondu avec l’Iséum, à une époque où Isis était un vague souvenir de «Minerva». Dans les années 1600, l’abside, réellement dans l’enceinte de l’ancien Iséum, a été agrandie, et c’est alors que de nombreux objets provenant du culte d’Isis et de Sérapis ont été retrouvés.
  Santa Maria Sopra Minerva est riche en œuvres d’art importantes par des artistes comme Pirro Ligorio, Michelangelo Buonarroti, Filippino Lippi, Giacomo della Porta, Carlo Maderno, Melozzo da Forlì, Gian Lorenzo Bernini, Mino da Fiesole... la liste est longue. Sainte Catherine de Sienne et Fra Angelico y sont enterrés.
  C’était dans la salle capitulaire de Santa Maria Sopra Minerva qu’un des épisodes les plus sombres de l’histoire de la science a eu lieu: le 22 juin 1633, Galilée a dû renier son propre travail et a été condamné à l’emprisonnement à la discrétion du Sant’Uffizio (à la fin quelques semaines d’assignation à Villa Médicis à Rome suivies de cinq mois d’assignation à domicile à Sienne).   ← Retour

La transformation de l’empereur Claude en citrouille: Cette satire était anonyme (bien sûr), mais Dion Cassius révèle que Sénèque le Jeune en était probablement l’auteur. L’argument du satiriste était que si le Sénat continuait à diviniser des empereurs ayant tant de mal à s’exprimer et aussi arrogants que Claude, les gens cesseraient de croire aux dieux.
  Mais ... les dieux n’étaient pas sacrés. Quatre siècles avant la «Transformation», Plaute écrivait, dans sa pièce Les Bacchis:

Lydus: Quels dieux y demeurent?
Pistoclère: Vénus, Cupidon.... le Tendre Baiser.
Lydus: Il y a donc un dieu qui s’appelle «Tendre Baiser»?
Pistoclère: [...] Si vieux, et il ne sait toujours pas les noms des dieux.

Ou alors Jupiter, déguisé comme Amphitryon afin de profiter de la femme d’Amphitryon, ou Mercure déguisé comme Sosia, frappant le vrai Sosia qui ne comprend pas pourquoi il s’en prend à lui-même. Et ces pièces étaient présentées lors des festivals religieux...   ← Retour

La divinisation des empereurs: L’idée de se transformer en dieu est venue peut-être à Rome à travers ses contacts avec l’Égypte, où le concept de roi divin était bien établi. Romulus était supposé être élevé au ciel sur un nuage, mais la première mention de son ascension est à l’époque impériale (Plutarque, écrivant vers 75 ap. J.-C.). Le premier imperator à être divinisé était Jules César, aidé par sa prétention d’être un descendant de Vénus, et par la comète apparue quatre mois après sa mort, dans le mois de Quinctilis (dont le nom a été changé ensuite en Julius, juillet). Pour les Romains, qui de toute façon honoraient les esprits des leurs ancêtres, un culte honorant César n’avait peut-être rien d’étrange.
  Les Romains tenaient certains de leurs souverains en telle estime que la divinisation leur semblait appropriée: Jules César et son successeur Octave, Trajan et le vertueux Antonin le Pieux.
  On devenait dieu par décret du Sénat, un peu comme la canonisation pontificale.   ← Retour

La Cella du Temple d’Hadrien: Cette voûte énorme, faite de béton mélangé progressivement avec des matériaux de plus en plus légers au fur et à mesure qu’elle monte, est toujours visible. Malheureusement, la Chambre de Commerce, qui occupe actuellement le temple, n’offre pas d’occasion de la voir sauf dans le cas de conférences ou concerts occasionnels qui y ont lieu, par exemple lors de la «Nuit des Musées» (La Notte dei Musei, généralement au mois de mai).   ← Retour

Le Vicolo della Spada di Orlando: Selon la légende, Roland, chevalier au service de Charlemagne, a essayé de détruire son épée mythique Durendal en la frappant contre un rocher, après sa défaite dans la bataille de Roncevaux, afin que Durendal ne tombe pas aux mains de l’ennemi. Roncevaux se trouve en fait au nord de l’Espagne, mais au Moyen Âge les Romains n’étaient pas si forts en géographie et donc n’avaient aucun problème pour croire que la bataille a eu lieu en plein Rome.   ← Retour

Antinoüs: Le favori de l’empereur Hadrien, noyé dans le Nil en 130 ap. J.-C. Dans la «Vie d’Hadrien» de l’Historia Augusta, nous lisons «pour ce jeune il pleurait comme une femme». Hadrien a fait diviniser le jeune homme, acte sans précédent pour quelqu’un qui n’était pas membre de la famille impériale, et a créé un culte en son honneur qui est devenu populaire par la suite dans les provinces orientales de culture grecque.   ← Retour

Arco de’ Pazzarelli: Ou «Arc des Petits Fous», qui a pris son nom pour l’asile des fous, «L’Ospedale di Santa Maria della Pietà dei Poveri Pazzerelli» qui se trouvait juste à l’est de la Piazza di Pietra de 1569 à 1725.   ← Retour

Le Temple de Matidia: Du Plan de Marbre de Rome, nous savons qu’il était juste au nord des Saepta, avec les côtés longs orientés nord-sud. Vraisemblablement il était similaire au temple d’Hadrien, avec huit colonnes sur les côtés courts et treize ou quinze colonnes sur les côtés longs. Sept de ces colonnes ont été retrouvées dans le Vicolo della Spada di Orlando et les maisons autour.
  Le temple a été construit vers 120 ap. J.-C. Sur ses côtés se trouvaient deux portiques appelés les Basiliques de Marciana et de Matidia (mère et fille, nièce et petite-nièce de l’empereur Trajan). Nous savons à quoi le temple ressemblait à partir d’une médaille d’Hadrien.

Ci-dessous: Médaillon en bronze d’Hadrien. Sur l’inscription, à peine lisible, figure DIVAE MATIDIAE SOCRUI («À la divinité Matidia, Belle-mère»)
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Belles-mères: Si beaucoup de choses ont changé depuis l’Empire, il semble que les belles-mères sont restées pareilles. La pièce de Térence L’HécyreLa Belle-mère») était un bide légendaire: chaque fois que Térence essayait de la mettre en scène, les spectateurs sortaient, des gladiateurs vandalisaient le théâtre, etc. Pour être juste, la pièce a bel et bien été présentée en entier après la troisième tentative, et a également survécu depuis l’antiquité.
  Le personnage de la belle-mère dans la pièce est bien ce qu’on attend: une matrone envahissante qui se donne des airs de martyre.
  La belle-mère d’Hadrien, Matidia, a dû être bien différente: sa mère, Ulpia Marciana (~48-114 ap. J.-C.), était la sœur de l’empereur Trajan et celui-ci, sans enfant, a traité la fille de Marciana, Matidia, comme son propre enfant, et la fille de Matidia, Vibia Sabina (l’épouse d’Hadrien) comme sa propre petite-fille. Ainsi, en divinisant Matidia, Hadrien renforçait ses propres liens avec cette famille impériale.   ← Retour

Trajan (Marcus Ulpius Traianus): Il était empereur de 98 à 117 ap. J.-C., à une époque de grande prospérité et accroissement de l’Empire. La postérité a retenu de Trajan son règne sage et bienveillant et ses monuments architecturaux extraodinaires tels que la Colonne trajane, son Forum et les marchés (au côté nord-est de la moderne Via dei Fori Imperiali).
  Il était tenu en si grande estime par le Sénat et le peuple romain qu’il a été divinisé à sa mort. Son urne funéraire a été placée dans le piédestal de la Columna Cochlis, la colonne en spirale commémorant ses victoires en Dacie au centre de son forum.   ← Retour

L’obélisque de Psammétique II: Un des deux obélisques apportés d’Égypte en 10 av. J.-C. par Octave, qui entendait par là marquer la conquête d’Égypte et son entrée dans l’Empire comme province romaine. L’un, l’obélisque de Ramsès II, a été monté dans le Circus Maximus. L’autre, l’obélisque de Psammétique II, est devenu le gnomon (indicateur) de l’Horologium Augusti et l’un des symboles du Campus Martius.
  L’obélisque a été érigé par le pharaon Psammétique II, qui a régné sur l’Égypte de 595 à 589 av. J.-C. Les hiéroglyphes sont très endommagés, mais les noms du roi comme souverain de Haute et Basse-Égypte, maître de Iunu, ainsi que d’autres titres, sont encore lisibles.
  Sur la base on lit cette inscription:

Imp Caesar divi fil
Augustus
pontifex maximus
imp XII cos XI trib pot XIV
Aegypto in potestatem
populi romani redacta
soli donum dedit
L’empereur, fils du Divin César, Auguste,
Pontifex Maximus, ayant le pouvoir de l’imperium pour la douzième fois,
consul pour l’onzième fois, ayant la puissance tribunitienne pour la quatorzième fois,
ayant amené l’Égypte dans le pouvoir du peuple romain
a fait cette offrande au soleil

C’était en 10 av. J.-C., vingt ans après la mort de Marc Antoine et Cléopâtre et l’incorporation de l’Égypte dans l’Empire.   ← Retour

Extrait de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien, livre 36, chapitre 15: «De celui [l’obélisque] qui est dans le champ de Mars, le dieu Auguste fit une admirable application: pour marquer l’ombre projetée par le soleil, et reconnaître ainsi les longueurs des jours et des nuits, on étendit un lit de pierre dans un tel rapport avec l’obélisque, que l’ombre fut égale à ce lit le jour du solstice d’hiver, à midi; puis, pour chaque jour, l’ombre subissait des décroissements et, plus tard, des accroissements correspondant à des règles d’airain incrustées dans la pierre: construction mémorable, et digne du génie fécond du mathématicien Novus.
  Celui-ci plaça au haut de l’obélisque une boule dorée dont l’ombre se ramassait sur elle-même, au lieu que l’ombre projetée par la pointe même s’étendait énormément: on dit que ce procédé lui fut suggéré par l’aspect de la tête humaine.
  Au reste, depuis trente ans environ, les observations ont cessé d’être justes; soit que le soleil lui-même ait changé son cours par quelque dérangement survenu dans le ciel; soit que la terre entière ait été un peu déplacée de son centre, comme j’entends dire qu’on l’a remarqué aussi en d’autres lieux; soit que des tremblements de terre bornés à Rome aient fait fléchir le gnomon; soit que les inondations du Tibre aient fait tasser les fondements de l’obélisque, quoiqu’on prétende que ces fondements sont aussi profonds que l’aiguille est haute.»
– Pline l’Ancien, Histoire naturelle, ~70 AD. Traduit par Émile Littré, 1850.
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L’Horologium Augusti come horloge: Bien qu’on ait trouvé uniquement la méridienne, les archéologues ne peuvent pas dire avec certitude si l’énorme cadran solaire avait une fonction d’horloge ou uniquement celle de méridienne quand il a été érigé en 10 av. J.-C. Les indices auraient été effacés dès l’époque de l’empereur Claude (règne 41-54 ap. J.-C.), qui a agrandi le pomerium, avec la nouvelle ligne de pomerium située à une vingtaine de mètres à l’ouest de la méridienne, coupant les lignes hypothétiques des heures matinales, si jamais celles-ci ont existé. Toute la place pavée inscrite des lignes des heures aurait pu être enterrée ou rendue inutile comme horloge dès 40 ap. J.-C., et c’est peut-être pour cette raison que Claude n’hésitait pas à y place le pomerium, retenant uniquement la méridienne. Mais il est peu probable que l’Horologium Augusti ait jamais été autre chose qu’une méridienne.   ← Retour

Le vent étésien: C’est un vent qui souffle en été dans la mer égée entre la Grèce et la Turquie, senti dans toute la Grèce.
  Des vents similaires soufflent en été sur les côtes des mers ionienne et tyrrhénienne. Le vent tyrrhénien est le célèbre «ponentino» qui vient de l’ouest, soufflant sur Rome les mois d’été.
   Il se peut que dire «l’étésien cesse» était tout simplement une façon conventionnelle de dire «l’été prend fin».   ← Retour

Site de la méridienne de l’Horologium Augusti: La méridienne se trouve à 1,5 mètres au-dessus des fondations de 10 av. J.-C., et montre des signes d’avoir été relevée et recalibrée, puisqu’on la trouve dans un dallage de travertin qui date d’un siècle plus tard. Elle se situe à 7 mètres de profondeur, et actuellement est couverte par 10 cm. d’eau. En fait le dallage et la méridienne étaient sous une piscine ou un bassin construit par-dessus vers 140-200 ap. J.-C., et ont été préservés car on les avait couverts avec du béton hydraulique.
  Le site est fermé, même pour les visites privées, depuis 2012.   ← Retour

Piazza San Lorenzo in Lucina: La place se trouve au centre de la zone où Octave a fait ériger le cadran solaire et l’Autel de la paix. Sous l’église de San Lorenzo se trouvent deux insulae construites au IIe siècle ap. J.-C. qui démontrent que dès cette époque, la ville s’est agrandie, remplissant l’espace autrefois ouvert entre Ara Pacis et l’Horologium augusti.   ← Retour

La Colonne d’Antonin le Pieux: Cette colonne honoraire en mémoire d’un empereur bien aimé a été trouvée en 1703 entre le Palazzo di Montecitorio et la Via di Campo Marzio. En 1705, le pape Clément XI Albani avait prévu de la remonter mais le projet n’a jamais été réalisé et la colonne et sa base étaient laissées dans une remise à la Piazza di Montecitorio. La base a été montée à Montecitorio beaucoup plus tard, en 1741. En l’année 1759, tout a été abandonné car un incendie avait endommagé la colonne de façon irréparable, là où elle se trouvait derrière le Palazzo Montecitorio. En 1787 la base a été transportée au Vatican, où on peut la voir aujourd’hui.
  La colonne avait été érigée (bien sûr) par les hommes qu’Antonin le Pieux avait adoptés et nommés ses successeurs, Marc Aurèle et Lucius Verus.
  La base est un document inestimable sur le culte impérial. Au-delà de l’apothéose (divinisation) d’Antonin le Pieux et de Faustine, qu’on voit montant au ciel sur le dos d’un génie ailé, la base nous montre la personnification du Campus Martius, tenant le grand cadran solaire, et sur les côtés courts, des scènes du decursius, le galop de la cavalerie autour du bûcher funéraire.

Ci-dessous: La base de la Colonne d’Antonin le Pieux, montrant la personnification du Campus Martius tenant l’Horologium à gauche, et la déesse Roma s’appuyant sur son bouclier à droite. 161 ap. J.-C. Aujourd’hui aux Musées du Vatican, cour de la Pinacothèque vaticane. Photographie © Lalupa, 2006.
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En 1703, avec la colonne, on a découvert à exactement 100 pieds romains au sud-est un autel curieux. Cet autel était carré et entouré par un triple mur et des colonnes. Les archéologues ont déterminé que cet autel marquait le lieu du bûcher funéraire (ustrinum) de l’empereur. En 1906, pendant des travaux sous le Palazzo Montecitorio, deux autres autels similaires ont été retrouvés.
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Decursius: ou decursio equitum. Littéralement, le «défilé équestre», c’était un rituel associé à la mort d’un général ou à la divinisation d’un empereur: la cavalerie galopait dans le sens inverse des aiguilles d’une montre autour du bûcher funéraire.

Ci-dessous: Le decursius d’Antonin le Pieux. Base de la colonne d’Antonin le Pieux, 161 ap. J.-C. Musées du Vatican. Photographie © Sailko, 2010.
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Les cinq bons empereurs: Le terme est de l’historien Edward Gibbon (Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, 1776). Ceux-ci sont:

  • Nerva (règne 96-98 AD)
  • Trajan (règne 98-117 AD)
  • Hadrien (règne 117-138 AD)
  • Antonin le Pieux (règne 138-161 AD)
  • Marc Aurèle (règne 161-180 AD)

La période 96-180 ap. J.-C. correspond à l’âge d’or de l’Empire romain, quand son territoire était à son maximum. Les passages du pouvoir impérial se faisaient de façon paisible et ordonnée, chaque empereur nommant son successeur. Marc Aurèle, le seul ayant un fils, Commode, a dû malheureusement rompre avec cette pratique.   ← Retour

Le Temple de Marc Aurèle et Faustine la Jeune divinisés: Bien que presqu’aucun vestige n’ait été retrouvé (seul un reste du plafond à caissons en 1960), nous avons une bonne idée de son emplacement, puisque la maison d’Adrastus, gardien de la colonne de Marc Aurèle, a été découverte en 1777, avec des inscriptions où on peut lire que cette maison se trouvait «derrière la colonne et le temple de Marc Aurèle et Faustine». Sur la base de ces inscriptions, le temple se situait donc vers le côté sud-est de la Piazza di Montecitorio, à l’ouest de la colonne qui faisait face à la Via Lata (aujourd’hui la Via del Corso) à l’est.

Ci-dessous: La requête d’Adrastus, inscrite sur le mur de sa maison, trouvée sur place en 1777 à l’angle sud-est de la Piazza di Montecitorio. Reproduction de l’original aux Musées du Vatican, Musée de la Civilisation romaine (Museo della Civiltà Romana), Rome.
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Les inscriptions de la maison d’Adrastus le gardien nous fournissent des informations inestimables à la fois sur les institutions publiques de l’époque et sur l’emplacement du temple.
  Sur le montant de la porte de sa petite maison, Adrastus a inscrit à la fois sa requête et les réponses des rationalium (administrateurs) qui non seulement l’autorisèrent à construire sa maison sur les terres publiques afin qu’il s’occupe de la colonne «haute de cent pieds (romains)», mais lui allouèrent des matériaux de construction. De plus, la maison serait sa propriété personnelle: ses enfants pouvaient donc en hériter (c’était sans doute pour préserver ce droit à sa postérité qu’Adrastus s’est donné le mal d’inscrire sur ses murs ce long texte). Puisque ces documents étaient datés, nous savons que la colonne avait été complétée dès 192 ap. J.-C.
  Pour être pinailleur, comme vous voyez la requête d’Adrastus est incomplète, il manque le côté droit, donc nous ne savons pas s’il a écrit seulement «derrière la colonne» ou «derrière la colonne et le temple». C’est la mention de Faustine qui fait conclure à un emplacement derrière le temple, dédié au couple divinisé, tandis que la colonne était connue avec le nom du seul Marcus.   ← Retour

La Statue de Vénus au Panthéon: Nous tenons l’histoire de cette merveilleuse statue de Vénus au Panthéon de Pline l’Ancien, qui écrivait vers 77 ap. J.-C. L’histoire est en fait celle du pari que Cléopâtre fit avec Marc Antoine, qui «s’empiffrait tous les jours avec les mets les plus rares». Elle pouvait lui servir un repas si extraordinaire, pariait-elle, qu’il coûterait dix millions de sesterces. Marc Antoine releva le pari. Le lendemain Cléopâtre plaça devant Marc Antoine un repas parfaitement ordinaire, auquel il riait, se déclarant gagnant du pari. Cléopâtre lui dit d’attendre le dessert, qui se trouva être un verre de vinaigre pour chacun. Elle portait alors deux perles comme boucles d’oreille, «les plus grandes perles de l’histoire, un héritage des rois». Elle ôta une perle, la laissa tomber dans le vinaigre où elle s’est dissoute, et la but. Comme elle voulut servir la seconde perle à Marc Antoine, Lucius Plancus, qui arbitrait le pari, l’arrêta et déclara Cléopâtre gagnant.
  Quand Cléopâtre a été capturée par Octave, cette dernière perle géante est tombée aux mains des Romains. Elle a été coupée en deux et montée comme boucles d’oreille pour Vénus dans le Panthéon d’Agrippa.
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Palazzo Wedekind: Construit en 1814 sur le Palazzo Ludovisi de 1659, à son tour érigé sur des maisons médiévales construites sur les ruines de Temple de Marc Aurèle et Faustine le Jeune, de 180 ap. J.-C. environ. La bâtisse de 1814 que nous voyons aujourd’hui a été construite pour le Service postale des États pontificaux. Elle est ornée, de manière assez appropriée, d’un portique de colonnes ioniques prises dans une villa romaine découverte dans les ruines de Véies.
  Le palazzo prend son nom de son propriétaire de 1852, le mécène Karl Wedekind.   ← Retour

Pensées pour moi-même de Marc Aurèle: L’empereur Marc Aurèle a écrit cette série de «Pensées pour moi-même» pendant les années de sa campagne contre le tribus germaniques, au nord et à l’est de l’Empire, de 171 à 180 ap. J.-C.
  Il a écrit en grec, la langue de la philosophie stoïque qui guidait sa vie. Comme son titre le suggère, il n’avait sans doute jamais destiné ces courtes réflexions à la publication. Seuls deux manuscrits des Pensées ont survécu: l’un, aujourd’hui perdu, avait été recopié en 1558, l’autre est aujourd’hui au Vatican.   ← Retour

Les guerres de la colonne de Marc Aurèle: La colonne raconte l’histoire des expéditions de Marc Aurèle contre les tribus germaniques (les Marcomans et les Quades) et également peut-être l’expédition sarmate contre les Iazyges, un peuple nomade iranien. Ces campagnes ont eu lieu en 172-175 ap. J.-C. (contre les Marcomans et les Iazyges) et en 177-180 (contre les Marcomans et les Quades). En 176, Marc Aurèle célébra un triomphe à Rome pour ses victoires germaniques et sarmates.
  Nous avons très peu de sources littéraires pour ces guerres, donc les historiens ont du mal à identifier toutes les scènes de la colonne. L’une, le «Miracle de la pluie», a eu certainement lieu en 172 ap. J.-C.; une autre, la traversée du Danube, peut être datée sur la base d’une monnaie de 172 ap. J.-C. qui montre le même évènement. Il y a également une scène où Commode prend le toga virilis, qui peut être datée avec certitude de 175 ap. J.-C. Cette dernière scène se place juste avant la Victoire ailée écrivant sur un bouclier, panneau qui sépare les deux expéditions.
  C’était pendant ces guerres que Marc Aurèle a écrit ses Pensées. Dans le livre I, chapitre XV, il note qu’il est «parmi les Quades à la Granua» (le Granus ou le Hron est un affluent du Danube en Slovaquie).   ← Retour

Commode: Lucius Aurelius Commodus était le seul fils de Marc Aurèle qui a survécu à l’enfance. Il a été nommé successeur impérial à l’âge de cinq ans, avec son frère de quatre ans Marcus Annius Verus (qui est mort ensuite à l’âge de sept ans).
  Dion Cassius, membre du Sénat pendant le règne de Commode, nous livre un compte-rendu terrifiant des années 182 à 192 ap. J.-C., alors que Commode succombait petit à petit à la mégalomanie, laissant l’administration de l’Empire dans les mains d’hommes corrompus.
  En 192 ap. J.-C., Commode a été assassiné, ouvrant une période de désordre dont émergea l’homme fort Septime Sévère.   ← Retour

La peste antonine: Également connue comme «peste galénique» car décrit par Claude Galien, appelé à Aquilée en 168 ap. J.-C. pour soigner les soldat romains frappés de la maladie. L’épidémie s’est déclarée d’abord pendant la guerre parthique, parmi les soldats combattant sur la rive ouest du Tigris, en 165 ap. J.-C. Elle a été rapidement répandue, par les mouvements des troupes romaines, à l’Italie, à la Gaule et aux pays le long du Rhin et du Danube.
  On discute encore sur la nature de cette maladie, mais une étude de 1973 l’a identifiée de façon convaincante comme étant la variole. Le taux de mortalité des malades de la variole au IIe siècle ap. J.-C. n’est pas connu – nous avons tout juste une phrase du livre 73 de l’Histoire Romaine de Dion Cassius: «En un seul jour, le chiffre des morts à Rome atteignait souvent deux mille». L’empereur Marc Aurèle se la rappelait avec douleur sur son lit de mort:

Quid de me fletis et non magis de pestilentia et communi morte cogitatis?
«Pourquoi pleurez-vous pour moi, quand la pestilence et la mort qui attend tous devraient occuper plus vos pensées?»
– Historia Augusta, «Marcus Aurelius», 28.4.

Certains historiens considèrent que l’épidémie de variole marque «le début de la fin», étant donné les désordres qui l’ont suivie, et maintiennent que l’Empire romain ne se releva jamais de l’hémorragie de la population que l’épidémie causa – quoique Dion Cassius déclare que la pestilence n’était rien à côté de Commode.   ← Retour

Les migrations gothiques: Vers la fin du IIe siècle ap. J.-C., les populations gothiques avaient augmenté considérablement. Ces peuples se sont déplacés dans les terres autour de la Mer noire, repoussant d’autres tribus germaniques vers le sud – vers les Romains.
  Une de ces tribus déplacées, les «Marcomans» (Markomannen, «Hommes de frontière»), s’est alliée avec d’autres tribus germaniques pour envahir le territoire romain.   ← Retour

La Colonne de Trajan: C’était l’idée d’Apollore de Damas, un génie en architecture. La colonne a été érigée en commémoration des guerres daciques (de 101-102 et 105-106 ap. J.-C.).

Ci-dessous: La colonne de Trajan, derrière les ruines de la Basilique de Trajan (la Basilica Ulpiana, de «Ulpius», le nom de famille de Trajan).
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La chiesa de Santa Marta al Collegio Romano: Le complexe a été fondé par les jésuites en 1543 comme un lieu d’accueil pour les «femmes vivant dans le péché». Aujourd’hui l’église déconsacrée et le monastère appartiennent à l’État italien: le monastère sert comme poste de police de la Ière circonscription, tandis qu’on tient occasionnellement des conférences et expositions dans l’église.   ← Retour

Ballomar ou Ballomarius: Chef des alliés germaniques qui attaquèrent et vainquirent les Romains à Carnuntum (près de Vienne), poussant encore quelques 500 km. vers le sud-ouest, en territoire qui aujourd’hui fait partie de la région du Veneto. Ballomarius a été mentionné par Dion Cassius dans L’Histoire romaine, livre 72, comme négociant la paix en 167 ap. J.-C. Toutefois, quand les légions étaient engagées en Dacie, il a vu sa chance et s’est retourné contre Rome. Malgré ses succès initiaux, il a été contraint à se rendre ver 172 ap. J.-C.   ← Retour

La base de la colonne de Marc Aurèle: Le pape Sixte V a fait effacer les bas-reliefs d’origine, figurant des victoires ailées et des barbares, afin de la réinscrire. Par bonheur, les artistes du XIVe siècle avaient dessiné ces scènes avant leur disparition.   ← Retour

Statue du dieu Thot sous forme de babouin: Aujourd’hui cette statue se trouve dans le Musée égyptien grégorien des Musées du Vatican. Sur la base on trouve des inscriptions en latin et en grec portant les noms des deux sculpteurs du Ier siècle ap J.-C., Phidias et Ammonios (en grec), et les mots «Sceau apposé par Caelius Priscillianus Maximus (curator), Quintillus et Priscus consuls» (en latin).
  Pour plus d’informations sur la statue, on peut voir mv.vatican.va: Statua di Thot cinocefalo.   ← Retour

Le squelette de la Basilica de Neptune: Près du squelette on a trouvé une jarre en terre cuite, remplie de pièces datant des années 1200, ce qui a permis aux archéologues de conclure que le toit s’est effondré vers la fin du XIIIe siècle.   ← Retour

Les calendriers romains: Pendant la République, le calendrier romain était en grand désordre. Le calendrier du roi Numa Pompilius était un calendrier lunaire, ne s’alignant pas sur l’année solaire, étant trop court de onze jours. C’était la tâche du pontifex d’ajuster le calendrier en y ajoutant des jours en plus, ce qu’il fit environ tous les deux ans, ajoutant 22 jours après le mois de février. Cet ajout s’appela le «mois intercalaire». Mais les ajustements intervenaient de façon irrégulière: quand Jules César était pontifex, pour citer un cas, il ne pouvait pas ajuster le calendrier car il était absent, en campagne en Gaule. Ou bien une «intercalation» pouvait se voir bloquée par le Sénat, par exemple pour empêcher César de prendre possession de ses provinces (puisque le Sénat ne pouvait pas se réunir). En tout cas, le calendrier tomba victime de manœuvres politiques et en 46 av. J.-C. il était de nouveau très inexact, au point que l’on célébrait les fêtes de la récolte au printemps.
  Jules César, toujours pratique, a mis fin à ce gâchis. En 46 ap. J.-C., avec l’aide de l’astronome Sosigène d’Alexandrie et sa propre expérience d’Égypte (où le calendrier était solaire, non lunaire), il a fait les ajustements nécessaires et a posé des règles claires et strictes pour qu’on ne puisse plus détraquer le calendrier.
  Même si le nouveau système était très simple, les pontifices n’y arrivaient toujours pas, puisqu’ils comptaient inclusivement, ajoutant un jour toutes les trois années au lieu de toutes les quatre années, et dès 8 av. J.-C. le calendrier était de nouveau déphasé. C’est Octave qui a réparé la chose, arrêtant les années bissextiles jusqu’en 8 ap. J.-C. et en expliquant aux pontifices comment compter les années bissextiles correctement. Il a érigé son célèbre Horologium au Campus Martius pour qu’il n’y ait plus de questions. C’était le calendrier julien, le même que nous utilisons aujourd’hui.
  La méthode simple utilisée par César avait pour effet que l’année du calendrier était quelques minutes plus longue que l’année solaire véritable (il pensait peut-être que des règles plus compliquées seraient trop pour les pontifices – à l’évidence, il avait raison). Après 128 années, le calendrier aurait un jour entier en plus par rapport à l’année solaire. Dès l’année 1582, le calendrier avait en fait dix jours en plus par rapport à l’année solaire: le 21 mars tombait dix jours après l’équinoxe du printemps, un événement facilement observable puisque le soleil de midi est directement au zénith et la durée du jour est égale à la durée de la nuit. Le pape Grégoire XIII Boncompagni (le pape des entrepôts de blé) a réparé l’erreur en 1582, tout simplement en laissant tomber dix jours d’octobre et en raffinant les règles pour les années bissextiles (les années divisibles par 100 ne seront pas bissextiles à moins d’être divisibles aussi par 400). Le calendrier réparé a pris le nom «grégorien» après le pape Grégoire. C’est ce calendrier qui est utilisé par pratiquement tout le monde sur la planète aujourd’hui. (Bien qu’il ne soit pas parfait non plus, il aura un jour supplémentaire dans l’année 3200.)   ← Retour

Ides, nones et calendes (calendrier lunaire romain): Les Romains avaient l’habitude curieuse de compter les jours à l’envers, c’est-à-dire d’énumérer les jours avant une date donnée. C’était un effet de l’utilisation d’un calendrier lunaire, quand l’apparition de la nouvelle lune leur donnait le nombre de jours jusqu’à la pleine lune. La nouvelle lune marquait les kalends, c’est-à-dire 13 ou 15 jours avant la pleine lune. La demi-lune marquait les nones, huit jours avant la pleine lune, et la pleine lune marquait les ides. Le calendrier lunaire était de facto abandonné même avant l’époque de la République, mais l’utilisation des mots Ides, Nones et Kalends a persisté, avec l’habitude de compter à l’envers pour déterminer une date donnée.
  Ainsi, pour dire le 29 octobre, on devait dire «quatrième jour des calendes de novembre» (quatre jours avant le 1er novembre).
  La calendrier grec n’avait pas cette méthode de compter à l’envers, si bien que pour les Romains, dire «aux calendes grecques» était une autre manière de dire «jamais».
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Sources

Le Panthéon: Giovanni Belardi et al., Il Pantheon: Storia, Tecnica e Restauro, BetaGamma Editrice, copyright Sopraintendenza per i Beni Architettonici e per il Paesaggio di Roma, 2006.

A. Ziolkowski, «Pantheon», in: Lexicon Topographicum Urbis Romae, Eva Margareta Steinby (dir), Edizioni Quasar, Rome. Vol. 4, 1999. Pages 54-61.

Amanda Claridge et al, Rome: An Oxford Archaeological Guide, Oxford University Press, Oxford, 1998. Pages 243-246.

Les Thermes de Néron: Martial, Épigrammes, Tome I (livres I-VII), texte parallèle latin-français etabli et traduit par H. J. Izaac. Les Belles Lettres, Paris, 1961.

G. Ghini, “Thermae Neronianae/Alexandrinae”, in : Lexicon Topographicum Urbis Romae, Eva Margareta Steinby (dir), Edizioni Quasar, Rome. Vol. 5, 1999. Pages 60-62 et illustrations.


Crédits d’images

Auguste portant la Couronne civique: Photographie de la copie de l’originale aux Musées du Capitole, exposée à l’Ara Pacis. Photographie © Giovanni Dall’Orto, 2008. Photographie originale sur wikipedia à Roma - Ara Pacis - Augusto - Foto Giovanni Dall’Orto - 30-Mar-2008.

Les portes en bronze du Panthéon: Photographie de Paula Chabot, du Projet VRoma, www.vroma.org. © 1976 Paula Chabot. Photographie originale à: www.vroma.org: Pantheon (bronze doors) 1976; Rome

Isis tenant un sistre: Détail de la photographie de Marie-Lan Nguyen, 2007, du bas-relief trouvé à Henchir el-Attermine, Tunisie, aujourd’hui au Louvre, fin du IIe siècle ap. J.-C. Photographie placée dans le domaine public. La photographie originale est disponible sur wikimedia à commons.wikimedia.org: Isis Sarapis Harpocrates Dionysos Louvre Ma3128.